LA GRAZIA
À l’instar du bourdonnement d’un moustique, ou d’une idée sombre qui réapparaît à la minute où vous laissez votre esprit divaguer, il y a dans le nouveau film de Sorrentino quelques notes d’électro, toujours les mêmes, qui surgissent et tournoient. Il y a aussi ce mantra qui revient : « À qui appartiennent nos jours ? ». Sous ses airs stoïques, que partage son protagoniste surnommé « Le béton armé », LA GRAZIA est surtout un film intranquille. Il met en scène un président de la République italienne, Mariano De Santis, qui, à six mois de la fin de son mandat, doit décider de signer, ou non, une loi qui autoriserait l’euthanasie, en même temps qu’il est contraint d’examiner deux demandes de grâce présidentielle pour des cas d’homicides conjugaux. Pour ce juriste de formation, impassible mais au bord de l’implosion, l’heure est désormais au choix, tout comme elle est celle du bilan. L’action et la constatation. La décision et la réflexion. Le pardon et la rancœur. Sorrentino n’offre pas de réponses simples à la complexité des êtres et propose une ode au temps long, à la beauté du doute, qui ne loue pas pour autant la paralysie. Son cinéma est bien vivant, tout comme son personnage bouleversant d’imperfections qui s’inscrit merveilleusement dans la lignée des « héros sorrentiniens » de IL DIVO à LA GRANDE BELLEZZA en passant par LA MAIN DE DIEU et tous les autres. Grand.
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De : Paolo Sorrentino
Avec : Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello
Pays : Italie
Durée : 2h13
