GOUROU
Matt est coach en développement personnel ; hyper suivi sur les réseaux, il remplit de grandes salles où des quidams viennent chercher auprès de lui comment surmonter leurs inhibitions et les névroses qui les empêchent dans leurs accomplissements. Devant l’influence grandissante de ces orateurs nés, les pouvoirs publics voudraient légiférer et s’assurer que ces « instructeurs » soient formés, diplômés, afin qu’ils ne deviennent pas des gourous de secte. Matt pensait que la société admirait le self made man qu’il était mais il se rend compte que le procès en charlatanisme le guette. Il doit chercher du soutien là où il y en a – chez ses followers – avec une technique imparable : chez Hanouna, il galvanise ses fans qui se retournent contre « les élites », « les sachants », jette qui il faut sous le bus pour un maximum d’effet et joue la carte de la victimisation – ce qu’il honnit pendant ses grands séminaires fiévreux. Certains supporters sont gênants, ses proches ne le reconnaissent plus, il devient une figure controversée mais admirée par le plus grand des coachs américains : Peter Conrad, populiste chevronné i.e une certaine idée du trumpisme – bientôt chez nous ! Avec Coach Matt, Yann Gozlan et Pierre Niney (qui est à l’origine de l’histoire) créent le cas d’école pour décrire les rouages, ce qu’il faut dire, quels instincts il faut exciter pour faire doucement adhérer une communauté à la pensée populiste. On encourage le dépassement de soi au détriment des autres, on exècre la médiocrité, on rejette la cause de ses malheurs sur autrui, on prône le bon sens de comptoir, on critique l’intrusion de l’État dans tout. Là où le film, qui démarre comme une étude sociale et politique très éclairée, s’assume en cinéma de genre, c’est quand il pousse son « héros » à se prendre les pieds dans le tapis : si le populisme ne croit pas à l’expertise, alors n’importe qui peut faire n’importe quoi, y compris prendre la place de Coach Matt. Soudain, le gourou est une bête traquée et Yann Gozlan, qui a écrit Matt comme un personnage symptomatique d’une société malade, en fait aussi une sorte de victime des monstres qu’il crée. Même s’il constate l’impasse de cette idéologie, GOUROU n’est jamais un film moralisateur : il regarde l’époque dans les yeux, décrit les pièges médiatiques, constate l’état borderline de cette France Instagram et TikTok qui renverse les valeurs cul par-dessus tête, et dont une partie rêve de ne pas « contracter ». La démonstration est brillante et si la première partie du film, fascinante et édifiante, fonctionne mieux que le thriller qu’il devient dans une seconde partie, on tient probablement le premier grand film français politique de l’année.
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De : Yann Gozlan
Avec : Pierre Niney, Anthony Bajon, Marion Barbeau, Jonathan Turnbull
Pays : France
Durée : 2h04
