ENGLOUTI
Sur le modèle biblique de Jonas, ENGLOUTI met en scène Jay (Austin Abrams), jeune homme qui, lors d’une séance de plongée qu’il espérait cathartique après la mort de son père, se retrouve prisonnier du ventre d’un cachalot. Si Jonas y resta trois jours et trois nuits, Jay n’a pas le luxe du temps : sa bouteille contient peu ou prou une heure d’oxygène. Et le réalisateur Brian Duffield de suivre alors en quasi temps réel les mésaventures de son malheureux héros. Grotesque ? Pas du tout. Car si Duffield connaît le potentiel drolatique de son film et danse parfaitement sur la ligne de crête du ridicule avec quelques saillies humoristiques complices, ENGLOUTI reste un drame d’aventure qui, comme son film précédent, le très chouette TRAQUÉ, fait de vrais choix, tranchés et pour beaucoup, audacieux. Ainsi, dans le ventre de la baleine, ENGLOUTI réussit (un temps) à ne pas s’appuyer sur les dialogues et préfère tout miser, avec succès, sur la nature organique du filmage (caméra collée au personnage) ou des décors, et sur des rebondissements étouffants voire franchement doloristes forçant très habilement l’empathie. Le cœur dramaturgique d’ENGLOUTI ne réside toutefois pas dans des questions de survie mais dans des flashbacks sur la relation de Jay avec son père (Josh Brolin), celle d’un avorton et d’un papa viril un peu dur – très DRAGONS dans l’âme. Ces retours dans le passé éclairent autant les raisons de la plongée de Jay qu’ils vont l’aider par moments à survivre, injectant au récit son dynamisme et sa raison d’être dramatique. Le récit parvient alors à quelques sommets de sidération – une attaque d’épaulards sur le cachalot, dans l’obscurité écrasante de l’océan – mais aussi à des élans sentimentaux que Duffield ne maîtrise pas totalement. Reste une expérience franchement inédite qui, loin de se rouler dans ce qui aurait pu être un sommet de vacuité, délivre avec une sincérité désarmante et un goût du travail bien fait, frissons et émotions. Une nouvelle pierre à l’édifice de la filmographie singulière – et donc forcément intéressante à suivre – de Brian Duffield.
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De : Brian Duffield
Avec : Austin Abrams, Josh Brolin, Elisabeth Shue, Jane Levy
Pays : États-Unis
Durée : 1h46
