Cannes 2026 : L’INCONNUE
Arthur Harari aime les films d’atmosphère. Le polar rugueux de DIAMANT NOIR et la jungle-monde d’ONODA ont laissé en nous les traces d’un cinéma enveloppant, qui colle à la rétine comme à la peau. De peau et de regard, il en est énormément question dans L’INCONNUE. Et c’est peut-être aussi pour ça que quelque chose reste en surface. Adapté de sa bande dessinée « Le Cas David Zimmerman », cette nouvelle plongée aiguise au départ la curiosité. David (Niels Schneider), corps exsangue, traîne son âme perdue dans un quotidien étriqué. Photographe obsédé par le passage du temps, il croise la route d’une inconnue (Léa Seydoux). Dans une fête remarquablement filmée, quelque chose d’étrange a lieu. Tandis qu’elle et lui s’entrechoquent le temps d’un coït fou, David se réveille dans le corps de cette femme. Le Body Swap a ceci de cinématographique qu’il oblige les spectateurs à croire. Niels Schneider devenue Léa Seydoux s’empêtre dans ce corps féminin comme trop grand pour lui. Étrange, le film de genre se fait attendre : pas loin de l’esprit d’un Cronenberg dans cette façon de filmer de l’expérience fantastique comme un prolongement gris du monde, L’INCONNUE décide en fait de prendre un chemin beaucoup plus Antonionien. Film de la déréliction, de ce vide en soi qui avale tout, ce conte fantastique devient très vite une méditation sur ce qui fait qu’on est soi, le vertige de l’autre, le sentiment de disparition, un trouble en spirale dans lequel va se noyer ce héros-héroïne. Et un peu le cinéaste. Car, face au vide existentiel dans L’AVVENTURA, Antonioni transférait les pouvoirs du récit à l’image, à la plastique extraordinaire d’une Nature plus forte que tout. Quand Resnais nous emmenait dans les méandres de MARIENBAD, idem, sa mise en scène prenait le relais du récit par la sidération. Là c’est comme si Harari voulait rester aux frontières du réel, dans la pesanteur des corps. L’idée est belle mais le vertige intime ne supporte pas la laideur du quotidien. Quand il est soudain question de forums internet, d’immaculée conception et de voyeurisme incestueux, L’INCONNUE perd totalement de son charme et de son mystère. Soudain, tout y devient affreusement sérieux, rigide, voire un peu ridicule. Comme si on ne pouvait pardonner au film sa manière un peu assurée de se « savoir » troublant à défaut de l’être vraiment. Là où la surface des êtres dans le Body Swap pop se veut ludique et méta, là où dans la modernité cinématographique elle est au contraire un écran qui demande à être creusé, ici les deux idées s’annulent. Faisant alors, et ce malgré l’implication de Niels Schneider et Léa Seydoux, de L’INCONNUE, un film dont on passe tristement à côté.
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De : Arthur Harari
Avec : Léa Seydoux, Niels Schneider, Victoire du Bois, Lilith Grasmug
Pays : France
Durée : 2h20

