Cannes 2024 : ERNEST COLE, PHOTOGRAPHE

25/05/2024 - Par Emmanuelle Spadacenta
Un portrait intime et politique du photographe sud-africain Ernest Cole, artiste-clé dans la dénonciation des horreurs de l’Apartheid.

Dans son précédent film en quatre parties, EXTERMINEZ TOUTES CES BRUTES, Raoul Peck évoquait en creux du documentaire sur le racisme en Amérique les autres colonisations européennes. En s’intéressant à Ernest Cole, photographe sud-africain qui a largement documenté l’Apartheid, il s’intéresse à un pays que l’Europe a envahi et dont la population noire a été complètement avilie. D’où un visible intérêt pour le mot « européen » dès lors qu’il apparaît sur des panneaux ségrégationnistes dans les clichés d’Ernest Cole, ces mêmes clichés que Peck utilise pour montrer la force humaine et politique du travail du photographe, disséqués par le réalisateur pour démontrer la complexité humaine qui se jouait là en Afrique du sud. Après avoir publié le livre « House of Bondage » recueillant les photos les plus édifiantes de l’Apartheid, Cole a fui aux États-Unis, où l’on attendait de lui qu’il reproduise ce travail engagé, cette fois dans un pays encore sous lois Jim Crow. Mais selon ses confrères, détracteurs de son travail, il n’aurait jamais réussi à documenter l’Amérique comme il l’avait fait pour l’Afrique du sud, probablement parce que, dit-il lui-même, il ne risquait pas la mort dans son pays d’adoption où un semblant de vivre ensemble était déjà possible. Grâce à des textes que le photographe a consignés lui-même dans « House of Bondage » mais aussi des monologues que Peck invente sur la fois des rencontres et des témoignages qu’il a recueillis, Ernest Cole se raconte à la première personne – la voix est celle de Lakeith Stanfield en VO, celle de Raoul Peck en VF – et dévoile son mal-être d’exilé, un statut qu’il partage avec Peck, qui a fui Haïti petit. Dépressif, profondément seul, dans l’incapacité administrative de rentrer chez lui, Cole ne photographie plus pendant de longues années, pendant lesquelles son travail disparaît. C’est là que ERNEST COLE prend une dimension de film à suspense, quand des dizaines de milliers de photos sont retrouvées dans une banque suédoise sans que l’on sache qui les y a déposées et qui paie pour la location des coffres. Ainsi, Raoul Peck raconte-t-il la grande Histoire des spoliations de l’art noir, à travers un film mystérieux et mélancolique.

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Sortie : 25/12/24
Réalisateur : Raoul Peck
Avec : Lakeith Stanfield, Raoul Peck
Pays : France / États-Unis
Durée : 1h45
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