AUCUN AUTRE CHOIX

10/02/2026 - Par Emmanuelle Spadacenta
Avec « Le Couperet » de Donald Westlake, Park Chan-wook trouve le matériau parfait pour évoquer la masculinité en crise et orchestrer un drôle de jeu de massacre.

Il pensait être un employé modèle mais Man-su tombe de haut : avec l’arrivée des Américains au capital de l’entreprise de fabrication de papier qui l’emploie, ça licencie sec et il n’y coupera pas. Pour ce père de famille modèle, ayant retapé la maison de son enfance pour sa femme chérie, ses enfants d’amour et ses deux golden retrievers adorés, c’est l’échec. Prêt à tout pour retrouver du travail, il démarche la boîte concurrente en vain. Puis lui vient une idée : il crée une fausse offre d’emploi où postuleront ceux qui ont le même profil que lui. Armé de leurs adresses, il part en chasse pour les éliminer. Comme son père, vétéran de la Guerre du Vietnam, Man-su est en guerre pour survivre aux lois impitoyables du capitalisme. Dans l’ombre des aînés ayant vieilli à la dure, sous la pression d’une société matérialiste, Man-su n’a plus que le meurtre pour guérir la piètre estime qu’il a de lui-même en tant que mari, père et employé. Park Chan-wook orchestre une crise de la masculinité avec une cruauté qu’on reconnaît bien du réalisateur d’OLD BOY. Metteur en scène machiavélique, fuyant le naturalisme et le réalisme comme la peste, il est le marionnettiste qui fait trébucher et transpirer Lee Byung-hun, crée des saynètes comme des plateaux de Lego, déguise, décore, habille et comme personne, fabrique. Il surdécoupe et chaque transition, chaque séquence est le fruit d’une réflexion autant sur le fond que sur l’impact de la forme. Le frénétique et diégétique « Redpepper Dragonfly » de Cho Yong-pil noie le corps-à-corps entre Lee Byung-hun et sa première victime sous la musique à fond les ballons et force Park Chan-wook à sous-titrer sa scène ramenant en permanence de l’artificialité et du baroque au film. On ne compte pas les surimpressions dans les transitions, les dédoublements de personnages et les angles aberrants. Est-ce trop ? Trop de cinéma ? Trop de détails ? Trop de construction ? Trop de plans qui interrogent et trop de références qui nous échappent ? Peut-être. Mais AUCUN AUTRE CHOIX fonctionne aussi comme la comédie, noire et premier degré, qu’elle est. En cela, Lee Byung-hun – sur toutes les lèvres en cette période des awards – fait un héros pathétique magistral. Si en Corée, il a tourné des comédies, le genre franchit difficilement les frontières et en France, seul le souvenir de la première partie de J.S.A., dans lequel il joue un bidasse en dessous de tout, laissait entrevoir un talent comique. Depuis, sa stature, son élégance et ses dons de tragédien (A BITTERSWEET LIFE par exemple) l’avaient plutôt imposé comme un garçon sérieux. Il a le talent d’être ici aussi drôle que dangereux.

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Sortie : 11.02.26
De : Park Chan-wook
Avec : Lee Byung-hun, Son Ye-jin, Park Hee-soon, Cha Seung-won
Pays : Corée du sud
Durée : 2h19
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