SOUS LE CIEL DE KYOTO
Dans TEMPURA, Akiko Ohku avait donné vie à un personnage parmi les plus singuliers qu’on ait pu voir sur un écran de cinéma, déjouant autant les codes de la fiction qu’elle refusait les diktats sociaux. Avec SOUS LE CIEL DE KYOTO, Ohku va peut-être encore un peu plus loin car si ses deux protagonistes, le garçon Toru et la fille Hana, affichent leur propre lot d’extravagances, voire de bizarrerie, c’est surtout le film lui-même qui s’affirme à part. Et ce, dès ses premiers instants : par ses effets de montage, ses ralentis, sa manière de distordre la réalité, mais aussi avec les comportements de ses personnages, SOUS LE CIEL DE KYOTO assoit une singularité, une petite ritournelle d’étrangeté instantanément charmante, qui refuse tout naturalisme. Dans sa manière d’être un peu partout à la fois, joyeusement éparpillé entre les cours que suit Toru à la fac, son petit boulot nocturne aux bains, sa rencontre avec Hana, son amitié avec l’excentrique Yamane (campé par l’omniprésent Kodai Kurosaki, également à l’affiche de SOUDAIN et DES FLEURS POUR TOKYO), le film d’Akiko Ohku se fait dès le départ très intrigant, et capte l’attention. Vers où tout ça peut-il bien mener ? Et la cinéaste de multiplier les idées qui brouillent les pistes ou les enrichissent, ainsi que les détails qui caractérisent à merveille le cœur de ses héros – Toru aime passer les doigts dans les poils d’un labrador qui n’est pas le sien. Où cela va-t-il ? Vers un petit moment de magie : la rencontre entre Toru, garçon un peu solitaire et triste, et Hana, jeune fille à la fois solaire et lunaire – incarnée par Yumi Kawai, grand espoir du cinéma nippon, qui déploie ici un charisme curieux et attachant. Lorsque leurs chemins se croisent enfin vraiment, Ohku de magnifier l’instant par un split screen qui se resserre et fusionne pour un changement poétique de ratio. Débute alors une sorte de néo BEFORE SUNRISE dans les rues de Kyoto où les papillonnages du premier acte finissent par s’expliquer : dans ce nouveau contexte romantique, l’extravagance de la mise en scène et de ses subites ruptures – de ton, de rythme, de style – permet un travail marqué sur les sens qui, dans la joie comme la peine, transmet au mieux ce que traversent les personnages, y compris ceux satellites à Toru et Hana. Dans une scène splendide, Ohku filme-t-elle ainsi de loin, dans la pénombre, une jeune femme confiant son amour à un garçon dont elle sait qu’il ne partage pas ses sentiments. Et si le dernier acte sombre dans un mélo un peu plus normé et va un peu loin dans la sérendipité chère à Hana, il en émerge toujours des sentiments complexes, justes et déchirants.
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De : Akiko Ohku
Avec : Yumi Kawai, Riku Hagiwara, Aoi Ito, Kodai Kurosaki
Pays : Japon
Durée : 2h07

