NIGHTBORN

21/07/2026 - Par Aurélien Allin
Quatre ans après EGO, la Finlandaise Hanna Bergholm continue de creuser son sillon avec ce deuxième long-métrage, très maîtrisé, sur les horreurs de la maternité.

« Être mère est le plus grand des bonheurs », assure une mamie dans NIGHTBORN. Vraiment ? Parce que ce n’est visiblement pas l’expérience de sa belle-fille, Saga – prénom ô combien signifiant puisque ce mot désigne tout un pan du folklore littéraire nordique. Finlandaise qui vivait jusqu’ici à Londres avec Jon, son mari britannique, elle réemménage avec lui dans la maison de vacances de son enfance, au beau milieu des bois. Une vaste bâtisse à retaper où le couple va enfin pouvoir fonder une famille – tous deux rêvent d’être parents. Mais après la partie de jambes en l’air dans la forêt, à même la mousse, au beau milieu des troncs aux formes humanoïdes tels des corps figés, vient le temps de l’accouchement, sanglant. Et des emmerdes. Car Saga en est sûre : ce bébé qu’elle désigne d’un « ça » apeuré, est un monstre. Voire un démon, allez savoir. Jon, lui, ne voit vraiment pas ce qui cloche, dans une incrédulité très masculine dont on ne sait pas vraiment s’il s’agit de déni ou de nonchalance – Saga, comme Jon, sont d’ailleurs parfaitement caractérisés, interprétés par les excellents Seidi Haarla et Rupert Grint, dont le jeu convoque une foule de nuances allant du naturalisme à l’outrance. La malice de la réalisatrice Hanna Bergholm est d’instiller un certain mystère (elle ne montre pas le visage du bébé) sans pour autant jamais vraiment dédire son héroïne. NIGHTBORN embrasse au contraire son point de vue – les premiers plans du film, avancée en vision subjective sur une route forestière, l’avaient immédiatement annoncé. Ainsi, cet enfant hurle comme une bête féroce, respire maladivement, mord les tétons de sa mère jusqu’au sang et… brûle au soleil. Pour raconter l’expérience de la maternité et du post-partum dans tout ce qu’ils peuvent avoir de brutal, de dérangeant et de bouleversant, Bergholm plonge ainsi tête baissée dans le surnaturel et le cinéma d’horreur. Car peu importe – pour un temps – la réalité. Le plus important, c’est bien comment le vit et le ressent Saga. À coups de plans doloristes et d’un sound design où chaque son associé au bébé finit par crisper, NIGHTBORN se mue en grand-huit de cinéma où Bergholm et ses acteurs n’hésitent jamais à franchir les limites du bon goût et de l’humour noir. Drôle, NIGHTBORN l’est souvent. Très drôle, même. Y compris lorsque Saga fait de ses pires névroses de pures punchlines – « Je vais buter cet enfant s’il ne me tue pas avant ». Un jusqu’au-boutisme jouisseur et jouissif qui protège le film de tout immobilisme : jusque dans son dernier acte, le récit continue de surprendre, insufflant pas mal de tendresse et de finesse au jeu de massacre.

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Sortie : 22.07.26
De : Hanna Bergholm
Avec : Seidi Haarla, Rupert Grint, Pamela Tola, Silvia Saloranta
Pays : Finlande
Durée : 1h32
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