THE LAST VIKING

14/07/2026 - Par Emmanuelle Spadacenta
Se saisissant avec finesse des travers de notre époque, le réalisateur des BOUCHERS VERTS et de RIDERS OF JUSTICE raconte les réalités alternatives et le besoin de retrouver un terrain d’entente.

Anker (Nikolaj Lie Kaas) va être arrêté pour vol et devant l’urgence de la situation, confie son butin à son frère Manfred (Mads Mikkelsen), souffrant de dissociation de l’identité, pour qu’il le planque là où ils ont grandi. Quinze ans plus tard, il sort de prison et veut déterrer le trésor. Problème : Manfred est coincé dans la personnalité de John Lennon et ne retrouve pas la cachette. Une vieille légende viking dit qu’un jeune homme s’est fait couper le bras au combat. Son père décide de rendre manchot tous les autres jeunes vikings afin que la nouvelle normalité soit de n’avoir qu’un bras. Si Anker ne peut pas changer la réalité de Manfred, il va, sur les conseils d’un psychiatre novateur, recréer les Beatles pour qu’il vive un semblant de normalité. En effet, au Danemark, d’autres patients se prennent pour le Fab Four, que ce soit pour Paul, pour George, pour les deux à la fois ou pour Ringo et un peu Bjorn d’ABBA. Direction la grande demeure où Manfred et Anker ont grandi, rénovée en maison d’hôtes tenue par un couple de bourgeois – une érotomane et un procrastinateur persuadé d’être un grand écrivain. Bien expliquer ce que raconte THE LAST VIKING, c’est déjà établir un premier diagnostic : c’est n’importe quoi. Mais au cinéma, surtout dans les films d’Anders Thomas Jensen, rien n’est vraiment n’importe quoi. Plus zinzin est le postulat, plus émouvante est l’histoire, plus déchirant est le dénouement – et plus sidérant est le film. En voulant remettre à l’endroit la tête mal faite de son frère, qui se suicide à chaque fois qu’on l’appelle Manfred et non John, Anker va lui-même reprendre ses esprits. Car si John – appelons-le John – semble avoir oublié un truc important, Anker aussi a la mémoire sélective. Et l’histoire bouleversante de ces deux frères de se tricoter sous nos yeux. L’émotion est forte car elle débarque, quasiment sans crier gare, dans une comédie noire de génie, faite de dialogues à la con (« Le secret pour être un bon guitariste, c’est de penser comme un castor ») et de burlesque (on s’assomme avec une poêle à frire, évidemment). Le film nous invite à embrasser la folie de ses personnages pour mieux la comprendre. Est-ce si grave de comparer toutes les situations à la réussite mondiale d’Ikéa ? Ou de vouloir s’assurer de ne fréquenter personne qui de près ou de loin ait participé à la Shoah ? De confondre « Chiquitita » et « With a little help from my friends » ? Si tout le monde pensait pareil, il n’y aurait, quand on y réfléchit, jamais de bons films. La légende viking n’avait pas livré tous ses secrets.

Partagez cette chronique sur :
Sortie : 15.07.26
De : Anders Thomas Jensen
Avec : Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Lars Brygmann, Sofie Gråbøl
Pays : Danemark
Durée : 1h56
Partagez cette chronique sur :

Découvrez nos abonnements

En formule 1 an ou en formule 6 mois, recevez Cinemateaser chez vous !