Cannes 2026 : SHEEP IN THE BOX
Dans « Le Petit Prince » lorsque l’aviateur en a assez que le héros-titre lui demande d’affiner son dessin de mouton, finit par dessiner une caisse, dans laquelle se trouve l’animal rêvé par le Prince. Il n’y a plus qu’à laisser faire l’imagination, laisser opérer la projection que chacun effectue sur une œuvre de fiction avec ses sentiments, son vécu, ses désirs. Autant dire qu’avec un titre au tel pédigrée, SHEEP IN THE BOX avait tout pour lui sur le papier. Surtout avec Hirokazu Kore-eda aux manettes, pour son premier véritable film de SF. Dans un futur pas si lointain (nous dit-on), Otone et Kensuke vivent dans une belle maison d’architecte, au centre de laquelle trône un beau jardin. Mais cet espace idyllique est presque sans vie : voilà deux ans, le couple a perdu Kakeru, leur garçon de 7 ans, mort dans un accident. Lorsqu’ils sont démarchés par la société REBirth, qui crée des robots humanoïdes censés remplacer nos morts qu’on ne saurait laisser partir, ils se laissent tenter – bien que Kensuke soit particulièrement rétif, qualifiant le garçon de tamagotchi ou de Roomba. Les premiers pas du couple avec leur « nouvel » enfant prennent au col car Kore-eda, avec la délicatesse et l’intelligence qui le caractérisent, injecte une jolie dose d’humour, notamment grâce à ce père méfiant qui, peu à peu, laisser parler son cœur. Pourtant, quelque chose cloche : presque trop sage, ou tout entièrement porté à sa réflexion philosophique, Kore-eda en oublie très rapidement les émotions les plus basiques. Comment Otone et Kensuke, dévorés par le deuil et la culpabilité, peuvent-ils bien accueillir ce robot dans la moindre trace de sidération ? C’est malheureusement sur ce mode presque atone que se déploie SHEEP IN THE BOX en dépit de ses réflexions pertinentes et de sa dramaturgie fouillée. Mais si Kore-eda traite son sujet de fond en comble du côté des parents, il reste finalement en surface avec Kakeru, alors même que celui-ci se révèle immédiatement intrigant, fascinant même, incarné avec une profondeur assez folle par Rimu Kuwaki dans son premier rôle. D’autant plus que, très vite, il fait montre d’une envie de liberté et se lie avec d’autres robots. Ces néo enfants perdus ne pouvant grandir, que cherchent-ils à accomplir ensemble, et pourquoi ? Kore-eda a si souvent su regarder son pays et ses personnages au-delà de ce qu’ils voulaient bien montrer, qu’on s’étonne de ne pas le voir briser davantage la coquille de Kakeru. Il peine ainsi à pleinement se laisser aller au conte et au merveilleux qui n’attendent que lui, si bien que SHEEP IN THE BOX, en dépit d’un joli dernier acte – et d’un plan final sublime, coupé à la milliseconde près – semble à peine effleurer le film qu’il pourrait être émotionnellement.
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De : Hirokazu Kore-eda
Avec : Haruka Ayase, Daigo Yamamoto, Rimu Kuwaki, Nana Seino
Pays : Japon
Durée : 2h05

