Cannes 2026 : FATHERLAND

16/05/2026 - Par Alice de Brancion
Pawel Pawlikowski nous entraîne dans un voyage en noir et blanc à travers l’Allemagne d’après-guerre : l’est et l’ouest se disputent la venue de l’écrivain Thomas Mann, qui doit y recevoir une récompense.

Un road trip avec Thomas Mann et sa fille Erika dans une Allemagne se relevant à peine de la guerre est une expérience inattendue et paradoxalement pas si déprimante que cela tant l’image développée par Pawlikowski dans FATHERLAND est belle. Par provocation à l’égard d’une journaliste lui demandant de faire un choix sur son allégeance (« où est chez vous ? ») lors d’une conférence de presse en Allemagne de l’ouest, l’écrivain décide de ne pas choisir et de recevoir deux fois son prix : une fois à l’ouest et une fois à l’est. Et ainsi commence le voyage, quasi parfait diptyque où l’on retrouve les mêmes scènes dans les « deux » Allemagne. Pourtant, malgré le côté catalogue comparatif, Mann – et donc Pawlikowski – refuse la binarité du choix. À la place c’est la question que Mann soulève qui va hanter le film : « Où est ma place ? ». Par ses plans fixes et des dialogues précis, le cinéaste capture les débuts de la guerre froide, le post-nazisme de l’ouest où les nouveaux dirigeants sont fortement proches des anciens, et le communisme de l’est où idéal et répression vont de pair. Et de nous poser la question : qu’est-ce qui fait une bonne nation ? Mais ce drame à échelle mondiale fait écho à un drame plus intime. Car ce diptyque est également une tragédie, annoncée par la scène ouvrant le film : la caméra est fixe, Klaus Mann (August Diehl) est au téléphone avec sa sœur Erika (Sandra Hüller). C’est lui qui ouvre le film, il est le chœur antique, celui qui annonce le destin tragique d’une génération entière prise en étau par une Histoire dont il est impossible de se relever. Klaus Mann se suicide et Thomas Mann décide de continuer le voyage. Se pose alors l’éternelle question : est-ce qu’être un génie tourné vers le monde et ses problématiques excuse ce qu’il est dans la sphère intime ? Y a-t-il une priorité de la grande Histoire, de l’Art sur l’histoire personnelle ? Quel est le rôle le plus important : la patrie ou la paternité ? Le réalisateur ne porte aucun jugement, sa mise en scène dévoilant et soulignant l’écart entre un idéal intellectuel et une absence d’émotion et d’empathie. Très peu de mouvements de caméra mais chaque objet, chaque geste, chaque lumière y trouve un sens. L’émotion perce, déborde du cadre, déborde Thomas Mann et Erika puis nous envahit.

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Sortie : Prochainement
De : Pawel Pawlikowski
Avec : Hanns Zischler, Sandra Hüller, August Diehl, Anna Madeley
Pays : Allemagne/Pologne
Durée : 1h22
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