Cannes 2026 : DU FIOUL DANS LES ARTÈRES
Depuis au moins LA LOI DU PLUS FORT de Fassbinder, on sait combien l’amour entre hommes peut donner des films aussi durs que déchirants. Ce premier long s’inscrit dans la lignée du cinéaste allemand par sa capacité à tenir en même temps une veine sociale très forte et un élan amoureux qui tord le cœur. Routier solitaire et taiseux, Étienne croise une nuit la route de Bartosz, chauffeur polonais. Entre ces deux-là quelque chose de doux et d’électrique s’impose. De manière très délicate, par pointillés, Pierre Le Gall filme comment ces deux hommes qui ne cessent de se croiser sur la route vont finir par accepter de s’appartenir. Tout en racontant en toile de fond l’étrange vie de ce métier nomade, sa précarisation, sa solitude, le film réussit à faire de son héros taciturne un personnage qui bouillonne. Impressionnant de justesse, dans ses silences comme dans ses élans, Alexis Manenti porte le film dans ses regards, dans sa colère et cette façon parfois de fendre l’armure d’un sourire. Son duo avec Julian Swiezewski, beau personnage lui aussi solaire et joueur, devient le cœur battant d’un film dur, qui ne cesse de vouloir essayer d’échapper à sa dureté. Dans la lignée des beaux SEULE LA TERRE de Francis Lee, de WEEK-END d’Andrew Haigh et de tout ce savoir-faire très anglais à oser faire naître les grands sentiments dans le plus brut des réalismes, ce FIOUL DANS LES ARTÈRES révèle un cinéaste à suivre et consacre un acteur, définitivement passionnant.
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De : Pierre Le Gall
Avec : Alexis Manenti, Julian Swiezewski, Armindo Alves, Stéphanie Chamot
Pays : France
Durée : 1h30

