SEND HELP
Une somme de grandes qualités et une bonne part de fun peuvent-elles parfois ne pas suffire ? Telle est la question qui se pose avec SEND HELP, retour de Sam Raimi à un cinéma à taille plus humaine, libéré des licences préexistantes, voué à embrasser les élans lo-fi (toutes proportions gardées) du créateur d’EVIL DEAD. Autant dire qu’après plus de quinze ans à le voir se cantonner à des franchises comme LE MONDE FANTASTIQUE D’OZ et DR STRANGE, que Raimi revienne à ses premières amours réjouit. D’autant que SEND HELP ne fait pas de quartiers. Dès son exposition, il installe les enjeux frontalement. Employée du service financier d’une grande entreprise, Linda fait un peu peine : elle vit seule avec sa perruche, espère un jour être sélectionnée au Koh-Lanta américain et avale un peu salement des sandwiches trop gras à son bureau. Personne ne l’aime vraiment. Injustement, d’ailleurs, car Linda est sympatoche – et très efficace au travail –, tout juste est-elle un peu envahissante et parfois un peu gênante. Face à elle se déploie la pire engeance des yuppies mascus, des boys club auxquels Patrick Bateman adhèrerait sans ciller, des winners typiques des 80’s – qui remarquez bien, comme la coupe mulet, ont tendance à redevenir tendance. Ainsi se voit-elle privée d’une promotion par son nouveau boss, népo-baby insupportable, Bradley. Jusqu’à ce que les deux se retrouvent échoués sur une île déserte, lui salement blessé, elle parfaitement entraînée à la survie. Face-à-face, Rachel McAdams et Dylan O’Brien, excellents, ont parfaitement compris ce que Raimi voulait d’eux : les potars fermement calés à 11, l’une surjoue la gentille fille qui tourne psychopathe et l’autre le connard s’arrogeant tous les droits, incapable de reconnaître ses erreurs. Le duel fait mouche car le réalisateur et son chef opérateur Bill Pope (que Raimi retrouve enfin, près de 20 ans après leur dernière collaboration, SPIDER-MAN 3) s’éclatent : très gros plans déformants sur les visages, plans subjectifs suivant la course d’un sanglier, images cradingues sur à peu près tous les fluides corporels possibles… tout y passe pour faire de SEND HELP la confrontation la plus cruelle, perverse et sardonique entre une victime et son bourreau. Ce que raconte le film sur la naissance des monstres et sur l’impossibilité logique de tout dialogue résonne de manière très pertinente avec l’époque, surtout que Raimi évite tout prêchi-prêcha moralisateur et accompagne Linda et Bradley jusqu’au bout des mécanismes dans lesquels ils s’enfoncent – ce que subit Bradley est répréhensible, ce qui meut Linda est compréhensible. Alors pourquoi, en dépit de toutes ces qualités, SEND HELP ne marque-t-il pas davantage ? C’est tout le mystère de ce grand petit film d’horreur qui, malgré ses excès, ne dérape pas vraiment – il reste finalement assez sage dans son mauvais goût – et ne parvient ainsi jamais tout à fait à retrouver la démesure insensée des grandes heures de la carrière de Sam Raimi. Impossible de ne pas aimer ça. Mais impossible, toutefois, de l’aimer tant que ça. Peut-être parce que l’horreur que Sam Raimi capte de notre monde ne prête finalement plus, ni à rire ni à l’éclate ? L’âge – le sien comme le nôtre –, peut-être.
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De : Sam Raimi
Avec : Rachel McAdams, Dylan O’Brien, Dennis Haysbert, Edyll Ismail
Pays : États-Unis
Durée : 1h55
