28 ANS PLUS TARD – LE TEMPLE DES MORTS

14/01/2026 - Par Aurélien Allin
Contrairement à J.C. Fresnadillo dans 28 SEMAINES PLUS TARD, Nia DaCosta réussit la quadrature du cercle : imposer sa personnalité sans jamais renier celle de Danny Boyle. Une totale réussite.

Embauchée pour diriger le segment central de la trilogie 28 ANS PLUS TARD, Nia DaCosta refuse l’idée, forcément vaine, d’imiter Danny Boyle. Ainsi la cinéaste américaine s’approprie l’univers de la franchise pour une suite directe de 28 ANS PLUS TARD et en subvertit la lettre, mais pas l’esprit. Spike a été enrôlé de force dans la secte des Jimmys dirigée par un Jimmy Crystal édictant son propre évangile. Le groupe sème la terreur et la mort sur son passage, estimant être missionné par Old Nick – surnom du Diable en Grande-Bretagne. De son côté, le Dr Kelson mène sa relation avec l’alpha Samson dans ses retranchements avec un but en tête : trouver un remède au virus. Assumant sa filiation avant même la première image – sur fond noir, on entend distinctement le « Hello ? » hurlé par Cillian Murphy dans la première séquence de 28 JOURS PLUS TARD –, Nia DaCosta impose au TEMPLE DES MORTS un mouvement de va-et-vient permanent entre une proposition singulière, personnelle, et une continuation de la folie radicale du cinéma de Boyle. Elle assume autant les brusques variations de ton, le mauvais goût, les idées follement belles et les images intrépides qu’elles engendrent (l’amitié de Kelson et Samson ; leurs danses sur Duran Duran), les saillies camp de l’interprétation de Jack O’Connell, que les silences, le calme, les plans millimétrés, contrôlés, parfois immobiles, comme si la peur et la foi oppressante qu’elle impose figeaient le monde. Elle capture la violence avec une dureté qui, comme chez Boyle, souligne la désensibilisation des survivants à l’horreur et à la mort. Mais si 28 ANS PLUS TARD menait cette angoisse vers une émotion terrassante, LE TEMPLE DES MORTS reste en apnée deux heures durant et regarde le Diable dans les yeux. Car le script d’Alex Garland, dans la lignée thématique de son travail depuis 30 ans, interroge la foi, d’un bout à l’autre du spectre : d’un côté le Mal à l’état pur, trouvant ses racines dans les simulacres du folklore et un déterminisme débilitant ; de l’autre un espoir humain presque irrationnel fondé sur la science, le choix et le libre arbitre. De ce conflit, DaCosta tire des scènes allant de l’horreur dérangeante à l’évocation poétique en passant par la folie pure (citons cette scène ahurissante sur « Number of the Beast » d’Iron Maiden), tandis que le portrait politique du monde contemporain dressé par les deux premiers volets de 28 ANS PLUS TARD culmine dans la séquence finale du TEMPLE DES MORTS et ces quelques mots qui résonnent comme un appel assuré et déchirant : « Bien sûr qu’on va les aider ». Vivement le troisième.

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Sortie : 14.01.26
De : Nia DaCosta
Avec : Jack O’Connell, Ralph Fiennes, Alfie Williams, Erin Kellyman
Pays : Grande-Bretagne
Durée : 1h49
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