VADE RETRO
Depuis quelque temps un drôle de vent souffle sur la comédie française. La nouvelle génération de réalisateurs (Sébastien Betbeder, Martin Jauvat, les frères Guit, Fabrice Eboué…) semble s’être ressourcée à l’esprit anar qui irriguait ce genre dans les années 70, pour pousser des gueulantes mais avec le sourire. Antonin Peretjatko tendait jusque-là (LA FILLE DU 14 JUILLET, LA LOI DE LA JUNGLE…) davantage vers la sautillante légèreté de l’absurde et du burlesque, VADE RETRO, lui, sort les crocs. Tourner en dérision la figure du vampire n’est pas une nouveauté locale (se souvenir, justement dans ces années 70 des CHARLOTS CONTRE DRACULA, DRACULA PÈRE ET FILS ou TENDRE DRACULA), mais Peretjatko la ramène vers le Grand-Guignol dans un final au goût de gore bricolé, façon Peter Jackson des débuts. VADE RETRO ouvre tout autant les vannes pour tacler l’époque et ses travers : ici on cause, entre autres, nouvelle bigoterie du religieux, mouvements identitaires, théorie du genre, culte de l’apparence, pour mieux prendre le tout à la gorge. Comme son titre l’affirme (VADE RETRO autant au sens de « barrez-vous » que de « retour en arrière », donc vers une régression sociétale), ce nouveau bal des vampires se veut conjuratoire, invoquant dans son bric-à-brac esprit BD – les clins d’œil y sont nombreux –, fins observateurs satiristes d’hier (Pascal Légitimus en rappel des Inconnus, Philippe Duquesne des Deschiens) et ceux plus virulents d’aujourd’hui (Céline Fuhrer, membre des Chiens de Navarre). L’ensemble tient d’une sarabande loufoque au risque d’une hétérogénéité qui pourrait laisser de marbre les insensibles au charme du foutraque. VADE RETRO reste pourtant très cohérent dans son adoubement du métissage des genres comme des individus, pour un film de vampire s’interrogeant sur la légitimité des lignées de sang pur.
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De : Antonin Peretjatko
Avec : Estéban, Yolène Gontrand, Arielle Dombasle, Pascal Tagnati
Pays : France
Durée : 1h35
